| Les Canadiens ont directement fait
l'expérience des dangers liés à l'infection
à E. coli et de la dévastation que peut causer
une flambée de cette infection. En mai 2000, dans la petite
ville de Walkerton, en Ontario, sept personnes sont mortes et plus
de 2 000 sont tombées malades à la suite de la contamination
de la réserve d'eau potable de la ville par les eaux de ruissellement
de fermes bovines avoisinantes. De plus récentes flambées
d'infection à E. coli qui se sont produites à
Calgary, à Sudbury, dans les Maritimes, de même que
les fréquentes survenues de cette infection aux États-Unis,
mettent en évidence l'ampleur de la menace qu'elle représente
pour la santé humaine.
Deux chercheurs affiliés au Réseau canadien de recherche
sur les bactérioses (RCRB), Brett Finlay et Andrew Potter,
ont mis au point un vaccin qui réduit les risques d'exposition
à une dangereuse souche d'E. coli, celle-là
même qui a frappé Walkerton et d'autres collectivités
du Canada. Ce vaccin réduit considérablement les quantités
d'Escherichia coli 0157:H7 excrétées par
les bovins.
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Comment ça fonctionne
La souche E. coli 0157:H7 a été
découverte en 1975. Il s'agit d'une souche relativement
nouvelle de la bactérie qui produit une toxine
puissante chez l'homme. Elle affecte la santé
des jeunes veaux, mais elle est inoffensive chez des
animaux plus âgés.
Brett Finlay a fait la découverte initiale
qui a mené à la création de ce
vaccin. Il a déterminé comment cette souche
d'E. coli se fixe aux cellules intestinales et
comment le vaccin prévient la multiplication
de cette bactérie en l'empêchant de s'y
fixer.
Les études initiales ont validé le principe,
et de récentes études de provocation in
vivo à grande échelle ont confirmé
la grande efficacité du vaccin à atteindre
son objectif, soit réduire les quantités
d'E. coli excrétées par les bovins.
Aux cours des derniers tests, on a constaté une
réduction de 99,56 % du nombre de bactéries
éliminées et une réduction de 70 %
du nombre d'animaux dont les déjections sont
contaminées par la bactérie.
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Il peut sembler quelque peu bizarre de s'en remettre à un
vaccin pour bovins pour régler un problème de santé
humaine. Mais comme les bovins sont la principale source d'infection
chez l'homme, « un vaccin pour bovins est la meilleure
solution puisqu'il s'attaque au problème à la source »,
affirme Brett Finlay. On en est maintenant aux étapes finales
des essais et des approbations; le vaccin devrait donc être
disponible dans un avenir rapproché.
La mise au point et la commercialisation du vaccin ont fait l'objet
d'efforts concertés dès le départ. Brett
Finlay, un expert en santé humaine, a fait équipe
avec Andrew Potter, directeur adjoint (recherches) de la Vaccine
and Infectious Disease Organization (VIDO) et membre du Réseau
canadien de recherche sur les bactérioses, qui est pour sa
part expert en santé animale et en mise au point de vaccins.
« Nous étions faits pour nous entendre »,
dit Brett Finlay, qui s'empresse de reconnaître la contribution
du RCRB au travail qu'ils ont réalisé. « Si
le RCRB n'avait pas été là comme catalyseur,
le projet n'aurait même pas vu le jour. »
Bien que la tragédie de Walkerton ait certainement sensibilisé
le public au problème posé par E. coli, les
recherches sur la prévention de l'infection humaine avaient
le vent dans les voiles avant même que ne survienne ce triste
événement. L'Alberta Research Council (ARC), de Edmonton,
et Bioniche Life Sciences Inc., une société biopharmaceutique
spécialisée en santé humaine et animale de
Belleville, en Ontario, ont été mis à contribution
pratiquement dès le début des recherches. En 1999,
Dragan Rogan, vice-président de la recherche et du développement
de la division de la santé animale chez Bioniche, a examiné
certaines des données produites par Andrew Potter et Brett
Finlay. « J'avais l'impression que ce projet était
prometteur et qu'il comportait de réelles possibilités »,
dit-il. Dragan Rogan a communiqué avec le RCRB et l'ARC,
et tout s'est mis en branle.
L'expertise en matière d'affaires et de commercialisation
qu'a fournie Bioniche aux chercheurs a été essentielle.
« Il est crucial, avec des produits de ce genre, de déterminer
dès le départ si un débouché commercial
existe », affirme Andrew Potter. « La participation
du secteur privé au processus est inestimable. Nous pouvons
appliquer rigoureusement la démarche scientifique, mais,
avec l'aide du secteur privé, nous pouvons le faire d'une
manière viable sur le plan commercial. »
Comme elle a donné un soutien immédiat aux recherches,
Bioniche peut s'attendre à retirer des avantages financiers
de la fabrication et de la commercialisation d'un produit efficace.
Grâce à cette collaboration, le transfert de la technologie
du laboratoire au marché a été rapide et efficace.
En fait, tous les partenaires du projet croient fermement que ce
travail d'équipe a rationalisé le processus et raccourci
le temps habituellement requis pour mettre au point et commercialiser
un produit de ce genre. L'équation est simple.
« Nous avons été en mesure de faire certaines
choses simultanément », affirme Martin Warmelink,
président de la division de la salubrité des aliments
chez Bioniche. « Par exemple, le travail de concession
de licences et de réglementation a été réalisé
en même temps que le travail de mise à l'échelle
de la fabrication par les différents membres du partenariat.
Comme nous sommes parvenus à faire tout cela en l'espace
de quatre à cinq ans, nous pouvons dire que nous avons établi
un record pour ce genre de produit. »
Le fait d'être chapeauté par le RCRB s'est
soldé par d'autres avantages. Le RCRB nous a permis
de tisser des liens entre les multiples domaines de recherche nécessaires
à la création d'un produit comme celui-là.
Le RCRB a aussi fourni aux chercheurs un cadre de travail qui leur
a permis de se concentrer sur les aspects scientifiques du projet
et de ne pas se préoccuper de certaines autres questions.
« Par exemple, les questions de propriété
intellectuelle peuvent parfois entraver les recherches, surtout
lorsque plusieurs organismes s'en occupent », explique
Andrew Potter. « Dans notre cas, ces questions n'ont
été confiées qu'à un seul organisme
: le RCRB. »
La formation de la prochaine génération de chercheurs
scientifiques et de biotechniciens a été au cœur
des activités accomplies par le RCRB au cours des 15 dernières
années. Andrew Potter estime que le RCRB offre aux étudiants
qui en sont membres la possibilité d'expérimenter
concrètement les connaissances qu'ils ont acquises.
« Les étudiants ont une excellente connaissance de
la démarche scientifique, mais grâce au RCRB ils peuvent
la mettre en pratique. » Selon Andrew Potter, le développement
des compétences est l'un des aspects les plus positifs du
RCRB. « Je collabore actuellement avec d'anciens étudiants
membres du RCRB. Le RCRB a formé trois générations
de chercheurs en l'espace de 15 ans. C'est absolument phénoménal. »
www.cbdn.ca

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