| Grâce à la découverte,
dans le pancréas, de cellules multipotentes produisant de
l'insuline, la recherche sur les cellules souches vient de se rapprocher
encore de la mise au point d'un traitement qui permettrait
de vaincre le diabète de type 1.
Une équipe de scientifiques canadiens vient de faire un
grand pas en avant vers la découverte d'une thérapie
cellulaire pour mettre en échec le diabète.
Les travaux accomplis à l'Université de Toronto
par Raewyn Seaberg, Simon Smukler et Derek van der Kooy, ainsi que
par des membres de l'équipe dans l'ensemble du
pays, ont permis de faire une découverte qui, jusque là,
avait échappé aux scientifiques : une cellule unique
présente dans le pancréas et capable de créer
des cellules bêta productrices d'insuline.
Les résultats, qui seront publiés dans le numéro
de septembre 2004 de Nature Biotechnology, font naître
un espoir pour les diabétiques du Canada et du monde entier,
qui doivent s'injecter régulièrement de l'insuline
pour compenser l'incapacité de leurs cellules pancréatiques
de réguler les concentrations sanguines de glucose.
« Cette découverte ouvre la voie à l'éventuel
traitement d'une maladie fatale, affirme M. van der Kooy. Elle n'aurait
pu se produire – du moins, elle n'aurait pu se produire au
Canada – sans le Réseau de cellules souches. C'est
un bon exemple de collaboration multidisciplinaire. Et les résultats
sont remarquables! »
En fait, cette découverte pourrait servir d'exemple en
matière de collaboration pancanadienne. M. van der Kooy a
utilisé « essentiellement la même épreuve »
pour identifier les cellules souches neurales que celle mise au
point par Samuel Weiss à l'Université de Calgary.
Étant donné que M. van der Kooy connaissait peu les
cellules pancréatiques (il s'intéresse surtout aux
cellules souches rétiniennes et neurales), il a obtenu l'aide
voulue de Timothy Kieffer, aujourd'hui en poste à l'Université
de la Colombie Britannique à Vancouver, et de Gregory Korbutt,
professeur à l'Université de l'Alberta ayant collaboré
à l'élaboration du protocole d'Edmonton pour la greffe
d'îlots pancréatiques.
« Ils ont fait un travail fantastique, dit M. van der Kooy.
Nous avions accès aux techniques, mais nous n'avions tout
simplement pas les connaissances nécessaires dans l'étude
du pancréas. Ils nous ont fourni le tissu nécessaire
à notre travail. » La découverte suscite
de grands espoirs, car elle contredit un récent article qui
niait l'existence de ce type de cellules dans le pancréas.
« C'est extrêmement prometteur, dit Joel F. Habener,
professeur de médecine à la Harvard Medical School
et médecin associé au Massachusetts General Hospital.
« Les auteurs d'un article paru antérieurement
dans Nature affirmaient, essentiellement, qu'il n'y a pas
de cellules souches dans le pancréas. La prochaine publication
sera de première importance dans le domaine. Elle révèle
qu'il existe une rare cellule ayant la propriété d'être
un précurseur, d'être multipotente et de créer
des cellules productrices d'insuline. »
« De nombreux chercheurs avaient affirmé l'existence
de cellules souches adultes dans le pancréas, dit M. van
der Kooy. Ils avaient constaté que de nouvelles cellules
pancréatiques étaient générées,
mais ils ignoraient qu'elles étaient les cellules responsables
de ce phénomène. Nous avons établi qu'une cellule
unique mise en culture à partir d'un pancréas peut
produire toutes les cellules du pancréas, y compris les cellules
productrices d'insuline. »
| « Cette
découverte ouvre la voie à l'éventuel
traitement d'une maladie fatale, affirme M. van der
Kooy. Elle n'aurait pu se produire – du moins,
elle n'aurait pu se produire au Canada – sans
le Réseau de cellules souches. C'est un bon exemple
de collaboration multidisciplinaire. Et les résultats
sont remarquables! »
M. Derek van der Kooy
Département de biophysique médicale
Université de Toronto
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M. van der Kooy veille à appeler cette cellule « cellule
précurseur multipotente » et non cellule souche.
« Si une cellule souche est caractérisée
par sa capacité de se multiplier et de produire toutes les
cellules, alors c'est bien de cela qu'il s'agit. Mais pour prouver
vraiment que nous sommes en présence d'une cellule souche,
il nous faut montrer qu'elle peut se régénérer.
Nous ne l'avons pas encore fait. Nous y travaillons. »
Cette découverte prend appui sur les réalisations
remarquables de la recherche sur le diabète au Canada, depuis
la découverte de l'insuline par Frederick Banting et Charles
Best, dans les années 20, jusqu'à la mise au point
du protocole d'Edmonton pour la greffe d'îlots pancréatiques
en 2000, par des chercheurs de l'Alberta; grâce à cette
percée, certains diabétiques n'ont plus besoin d'injections
d'insuline. Vu la rareté des organes de donneurs utilisés
dans le programme, la récente découverte pourrait
être la clé du traitement futur du diabète.
Selon M. Kieffer : « Si ce processus peut être
reproduit dans le tissu humain et mis à l'échelle,
il pourrait rendre plus accessible le protocole de greffe d'îlots
mis au point à Edmonton comme traitement du diabète
de type 1 (diabète juvénile).
« La prochaine étape, affirme M. van der Kooy, consistera
à mettre les cellules à l'essai chez la souris afin
de voir si elles permettent de vaincre le diabète; cette
étape nous rapprochera encore davantage d'un traitement.
»
Robert R. Hindle, président du conseil d'administration
de la Fondation de la recherche sur le diabète juvénile
Canada, considère que cette découverte « constitue
un progrès prodigieusement encourageant pour quiconque souffre
du diabète juvénile. C'est une preuve extrêmement
tangible de la rapidité avec laquelle le RCS a imprimé
un essor à la recherche sur les cellules souches et à
la recherche connexe, qui présente un formidable potentiel
thérapeutique. Cette découverte montre également
avec quelle célérité la recherche ciblée
peut atteindre son objectif. Le RCS a créé une tribune
unique pour rendre possible la recherche multidisciplinaire à
grande échelle dans le monde entier. Il convient de remarquer
que, cette fois encore, une percée marquante dans la recherche
sur le diabète a été effectuée au Canada.
www.stemcellnetwork.ca

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